La confiance des ménages français s’améliore légèrement, mais le signal principal envoyé par les données reste préoccupant pour l’économie comme pour le pouvoir d’achat.
Publié en décembre 2025 par l’Insee, l’indicateur synthétique de confiance progresse à 90, contre 89 le mois précédent. Un frémissement, certes, mais un niveau toujours nettement inférieur à sa moyenne de long terme, proche de 100. Surtout, derrière cette amélioration apparente se cache une volonté d’épargner historiquement élevée, analysée par le cabinet Asterès comme une contrainte durable sur la consommation .
Pour les ménages, comme pour les investisseurs, ce décalage illustre une réalité désormais bien installée : la prudence patrimoniale domine les arbitrages du quotidien.
Une épargne devenue réflexe de protection
Le signal le plus marquant réside dans l’opinion des ménages sur l’opportunité d’épargner. L’indice correspondant atteint 46, contre une moyenne de long terme de 19. Un niveau inédit, qui traduit moins une volonté d’enrichissement qu’un réflexe défensif, dans un environnement économique jugé instable.
Selon Asterès, cette dynamique s’explique largement par le climat d’incertitude budgétaire. L’absence de visibilité sur la trajectoire des finances publiques et la crainte de hausses d’impôts pour contenir un déficit public élevé incitent les ménages à mettre de côté, même au prix d’une baisse de la consommation .
Sur le plan patrimonial, cette attitude confirme le rôle central de l’épargne de précaution, redevenue prioritaire face aux arbitrages de consommation immédiate.
Un taux d’épargne appelé à rester élevé en 2026
La tendance ne semble pas près de s’inverser. Après une hausse attendue du taux d’épargne à 18,5 % du revenu disponible brut en 2025, contre 18,2 % en 2024, la Banque de France anticipe un maintien à des niveaux élevés en 2026.
Cette persistance pèse mécaniquement sur la consommation, principal moteur de la croissance française. Pour les analystes, le risque est celui d’une économie freinée non par une crise brutale, mais par une prudence généralisée, diffuse et durable.
Pour les ménages, cela signifie aussi une tension croissante entre la volonté d’épargner et une capacité d’épargne qui, paradoxalement, se dégrade.
Capacité d’épargne et niveau de vie : une confiance fragile
Les enquêtes de l’Insee montrent en effet une détérioration de l’opinion des ménages sur leur capacité actuelle et future à épargner, ainsi que sur leur situation financière personnelle à venir. Autrement dit, l’épargne augmente davantage par crainte que par confort.
Certains signaux positifs émergent néanmoins. Les inquiétudes liées au chômage reculent légèrement et l’appréciation du niveau de vie récent s’améliore, portée par le net ralentissement de l’inflation, tombée à 0,8 % en glissement annuel en décembre 2025. Mais ces éléments restent fragiles : selon les prévisions de la Banque de France, l’inflation pourrait remonter à 1,3 % en 2026, ce qui pèse déjà sur les anticipations de niveau de vie futur .
Une équation patrimoniale sous tension
Pour les ménages patrimoniaux comme pour les classes moyennes supérieures, cette configuration dessine une équation délicate : épargner plus, dans un contexte où la visibilité budgétaire reste limitée, tout en faisant face à des dépenses contraintes croissantes.
Du point de vue de la gestion de patrimoine, cette phase renforce l’intérêt :
• d’une épargne liquide disponible,
• d’arbitrages plus fins entre consommation, investissement et précaution,
• et d’une allocation davantage guidée par la sécurité que par la recherche immédiate de rendement.
Une croissance suspendue à la confiance budgétaire
La lecture d’Asterès est claire : sans trajectoire crédible et lisible des finances publiques, la prudence des ménages risque de s’installer durablement. Or, une épargne élevée est le miroir d’une consommation atone, et donc d’une croissance fragilisée.
Pour les pouvoirs publics comme pour les investisseurs, le message est limpide : restaurer la confiance budgétaire ne relève pas seulement d’un enjeu macroéconomique. C’est une condition essentielle pour libérer, à terme, la capacité des ménages à consommer… ou à investir autrement que par précaution.

